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Lectures et autres temps pour penser

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  • Les luttes et les rêves, histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, par Michelle Zancarini-Fourel, Zones, ed. La Découverte, 2016.

« 1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays. »

« « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France » Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831) Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s’embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l’identité, mais prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue. Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s’agit de prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l’élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante ! Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu’un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment.« 

A voir

D’une Révolution à l’autre, entretien entre Joseph Confavreux (Médiapart) et Sophie Wahnich (historienne de la Révolution Française).

 

conseil municipal de Brest, Lectures

Et pourtant je m’élève, par Maya Angelou

Le conseil municipal du 11 mai a voté pour une rue au nom de Maya Angelou, magnifique poétesse noire américaine, une militante des droits civiques, des droits humains. L’un de ses poème, « And Still I Rise », est une ode lancinante et fière pour la femme noire américaine.  J’ai lu ce poème en conseil, en hommage à la poétesse, mais aussi au combat d’Assa Traoré que m’évoquent ces vers.

#Justice pour Adama.

Et pourtant je m’élève, par Maya Angelou

Vous pouvez me rabaisser pour l’histoire
Avec vos mensonges amers et tordus,
Vous pouvez me traîner dans la boue
Mais comme la poussière, je m’élève pourtant,

Mon insolence vous met-elle en colère?
Pourquoi vous drapez-vous de tristesse
De me voir marcher comme si j’avais des puits
De pétrole pompant dans ma salle à manger?

Comme de simples lunes et de simples soleils,
Avec la certitude des marées
Comme de simples espoirs jaillissants,
Je m’élève pourtant.

Voulez-vous me voir brisée?
La tête et les yeux baissés?
Les épaules tombantes comme des larmes.
Affaiblie par mes pleurs émouvants.

Es-ce mon dédain qui vous blesse?
Ne prenez-vous pas affreusement mal
De me voir rire comme si j’avais des mines
d’or creusant dans mon potager?

Vous pouvez m’abattre de vos paroles,
Me découper avec vos yeux,
Me tuer de toute votre haine,
Mais comme l’air, je m’élève pourtant.

Ma sensualité vous met-elle en colère?
Cela vous surprend-il vraiment
De me voir danser comme si j’avais des
Diamants, à la jointure de mes cuisses?

Hors des cabanes honteuses de l’histoire
Je m’élève
Surgissant d’un passé enraciné de douleur
Je m’élève
Je suis un océan noir, bondissant et large,
Jaillissant et gonflant je tiens dans la marée.
En laissant derrière moi des nuits de terreur et de peur
Je m’élève
Vers une aube merveilleusement claire
Je m’élève
Emportant les présents que mes ancêtres m’ont donnés,
Je suis le rêve et l’espérance de l’esclave.
Je m’élève
Je m’élève
Je m’élève

Traduit par Olivier Favier. Extrait du recueil And still I rise, 1978.

 

 

House of Cards Brest, Lectures

Clientélismes urbains, lecture.

Une lecture, vraiment passionnante et qui permet de sortir des idées reçues sur le clientélisme : “Clientélisme urbains” par Cesare Mattina, aux éditions sicences-po.

J’avais espéré un livre sur les rapports entre les élus et les entrepreneurs locaux, les réseaux d’intérêts convergents qui font passer le bien commun en second après les intérêts particuliers. En fait, c’est une étude centrée sur le “defferrisme”, un clientélisme d’élus de la petite notabilité qui s’attache surtout à répondre aux demandes personnelles de leurs proches, des familles des salariés municipaux, des associatifs “satellites” etc, se construisant ainsi une base électorale solide et héritable, de génération en génération.

Logement social, place de crèche, médailles à la con, attribution de locaux, place de fonctionnaires à la maire pour les enfants de… les outils à disposition des élus locaux pour conforter l’attachement personnel de relais essentiels vers les différents corps électoraux sont ici pleinement utilisés par des élus dont on ne sait pas, à lire les entretiens présentés, s’ils sont cyniques ou aveugles. En effet, ils se revendiquent comme des élus de “terrain”, légitimant cumul des mandats et absentéisme par une hyper présence dans des permanences et réponses aux courriers personnels de demandes non pas d’habitants mais au final de personnes plutôt proches de leurs cercles. L’analyse des courriers réçus par la mairie de Marseille permet de sérier les demandes et montre de façon très claire que les demandes sont bien le fait des entourages des élus et des salariés municipaux.

Le livre détaille également la proximité entre la mairie de Marseille et l’organe de presse de la PQR possédé par le maire, et dont les salariés font parie de ceux qui bénéficient à fond de ce clientélisme urbain. Sans doute une excellente façon de s’assurer de bons papiers, ou, au moins, une absence de journalisme d’investigation local trop poussé.

J’ai été frappée par les points communs entre le système Defferre et le système Cuillandre (et/ou Maille), et notamment par l’origine sociale des élus en cause : médecins, profs, anciens syndicalistes, des (tous) petits notables loin des écuries parisiennes.
Bref, à lire, pour mieux comprendre le fonctionnement des élus locaux…

Clientélismes urbains, par Cesare Mattina.
Clientélismes urbains, par Cesare Mattina.