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Presse Quotidienne Régionale : un combat pour l’indépendance à mener.

Derrière les enjeux de la moralisation de la vie publique que soulève l’affaire Urvoas se pose la question de la responsabilité de la Presse Quotidienne Régionale et la moralisation de la presse locale.

Eté 2016 : 

Marianne rend public un marché à la légalité douteuse passé entre Brest Évènements Nautiques, organisateur des fêtes maritimes brestoises, et Rivacom, filiale du Télégramme.

La semaine suivante, sur la chaîne locale Tébéo (elle aussi filiale du Télégramme), Hubert Coudurier, patron du groupe, et François Cuillandre, maire de Brest, se borneront à railler « l’oreille complaisante » que l’hebdomadaire a accordé à François Arbellot, ancien directeur de l’association, violemment licencié à quelques semaines de l’évènement au profit d’un bras droit de l’édile. Dans une ambiance feutrée digne des « Causeries au coin du feu » de Le Luron sous Giscard.

Partenaire de Brest 2016 tout comme son concurrent, Ouest-France attendra sagement la fin des festivités pour évoquer le sujet… au travers d’un simple copier-coller de la position officielle de Cuillandre. Surtout ne pas effrayer les touristes et ne pas affoler les brestois.

6 novembre 2017 : 

C’est l’heure du bilan de mi-mandat à Brest. Lors d’une réunion publique, des habitants interpellent François Cuillandre sur l’avenir du quartier de St Martin, et sur le devenir de la ferme de Traon Bihan, ferme bio menacée par la construction d’un écoquartier.

Un sujet suffisamment sensible pour que Le Monde, Le Figaro et Libération s’en fassent l’écho plus tôt dans l’année. 

Pourtant, ces interventions ne seront pas relayées dans le compte-rendu du Télégramme. Il semblerait qu’on n’ait, durant cette réunion, parlé que de propreté, de paquebots et de végétation. A part ces sujets brûlants, « Tout va très bien, madame la marquise« .

22 novembre 2017 : 

L’ancien garde des Sceaux Jean Jacques Urvoas assigne devant le tribunal de Quimper Jérôme Abbassene, lanceur d’alerte coupable de s’être intéressé de trop près aux biens immobiliers de l’élu, et surtout aux relents d’enrichissement personnel avec des fonds publics qu’ils dégagent.

Le procès-bâillon, méthode très à la mode dans le département (coupable aux yeux de Rivacom de s’être fait le relais de l’affaire « Brest 2016 », l’élue brestoise Julie Le Goïc est visée par une plainte de la filiale du Télégramme), mais surprenant de la part de celui qui assurait, en janvier 2015, croire « au mécanisme vertueux des lanceurs d’alerte », et qui persistait en 2016, assurant que « Les lanceurs d’alerte dénoncent, et la loi donne les moyens de mener l’investigation ».

Mais surtout une action menée en  étroite collaboration avec Christian Gouerou, directeur départemental de Ouest-France Finistère, qui, au mépris de toute notion de protection des sources, lui a bravement communiqué les SMS qui lui a adressé Jérôme Abbassene pour l’inviter à enquêter sur le sujet.

23 novembre 2017 :

S’appuyant sur une enquête de Mourad Guichard complété par France Info, la presse nationale se fait le relais de l’enrichissement personnel de Jean-Jacques Urvoas par le biais d’un achat de sa permanence et d’un logement attenant, financé grâce à ses indemnités parlementaires.

Aveugle, sourd et muet depuis 34 mois, bien que les journalistes locaux furent interpellés dès février 2015, voilà le quotidien finistérien Le Télégramme obligé de suivre le mouvement au vu de la forte mobilisation de ses confrères. De mauvaise grâce,il s’exécuta, le lendemain, sous un angle  bien différent de celui des autres quotidiens. Celui du lanceur d’alerte censé réaliser son rêve « d’apparaître en pleine lumière » en harcelant, grâce à une « recherche compulsive », un élu qui « répondait scrupuleusement à la loi et aux consignes alors édictées par l’Assemblée nationale ».

Côté Ouest-France, silence radio. Une brève laconique sur le site web, pas une ligne dans l’édition papier. Sans doute effrayé à l’idée que ses lecteurs désireux de compléter leur lecture découvrent l’enquête préliminaire en cours pour violation de la correspondance privée.

« Le Parlement s’est tué à décourager les lanceurs d’alerte, à anesthésier la presse. Il s’est tué littéralement. Car l’antiparlementarisme se nourrit plus du secret, terreau des pires fantasmes, que de l’exposition des dérives individuelles en place publique. »

Mathilde Mathieu, « Informer n’est pas un délit », chapitre « Au parlement, l’information est une guerre d’usure ».

Pourquoi tant de silences plus ou moins gênés, de traitements partiels ou orientés, de tentatives de diversion et d’atteintes régulières à la charte de déontologie du journaliste de la part de ces deux titres de Presse Quotidienne Régionale ? 

Pourquoi les finistériens doivent aller chercher l’information locale dans la presse nationale

Pourquoi des citoyens doivent s’armer de caméras dans les réunions publiques pour que leurs concitoyens n’aient pas accès uniquement à des compte-rendus biaisés et orientés?

Éléments de réponse concédés au Lanceur par un journaliste local sous couvert d’anonymat : le copinage qui empêche « toute forme de déloyauté » et « L’esprit de solidarité ».

Il faut y ajouter le porte-monnaie.

C’est que les finistériens boudent les marchands de journaux. De 2013 à 2016, les ventes du Télégramme ont baissé de 4%, et celles de Ouest France de 9 %.

Il s’agit donc de sauver ce qui peut encore l’être, et de ne pas se mettre à dos les acheteurs d’espaces publicitaires.

Et force est de constater que les collectivités locales font partie de ces gros partenaires à bichonner.

En 2010, Jacques-Olivier Teissier braquait les projecteurs sur ces collectivités et leurs satellites « pourvoyeurs de publicité ou d’annonces légales ».

Alerte réitérée en 2015, dans le livre « Informer n’est pas un délit« , où il nous enjoignait à « localement, suivre l’argent ».

Soit. Suivons-le, et nous pourrons constater que, rien que depuis la rentrée, Brest Métropole et ses satellites se sont offert 160 publicités, annonces légales et suppléments spéciaux.

S’ajoutent à celà les juteux contrats passés avec les filiales, les partenariats avec Rivacom, déjà mis en cause par Marianne, les opérations de communication confiées à Phileas, les sites créés par Yellocake, les images fournies par Tébéo… 

Face à une information locale gangrénée par les conflits d’intérêts.

Le Finistère a un combat pour l’indépendance à mener.

Il a besoin de Médias Libres et de Médiacités.

Alexandre Lhomme, collaborateur bénévole non reconnu.

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