Brest Death Experience

« Ici, on fait sans dire », martelait François Cuillandre, il y a deux ans, lors d’une conférence de presse de rentrée.

Cette rentrée 2017 aura permis de constater, pour ceux qui en doutaient encore, que l’on n’y fait plus désormais que ce que l’on peut médiatiser, au détriment de festivités parfois centenaires qui ont méthodiquement été amputées voire annulées. De juin à septembre, retour sur un été à Brest qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

2012 : fêtes maritimes obligent, comme tous les quatre ans, les Jeudis du Port réduisent la voilure.

Ces séries de concerts gratuits qui attiraient, neuf fois par été, jusqu’à 40.000 personnes, passe à quatre soirées.

Victimes de coupes budgétaires, les « Jeudis » ne retrouveront jamais leur rythme de croisière. Et cette année encore, malgré l’absence de grands voiliers, ils n’ont débuté que fin juillet. Les juillettistes fêtards et mélomanes n’ont plus qu’à se tourner vers les festivals à trente euros l’entrée.

 

Depuis 1996, au sortir de l’été, la Ville prenait soin, chaque rentrée, d’accueillir dignement ses 23.000 étudiants. De « Brest accueille ses étudiants » à « La Déambule » en passant par « Bars n’Brest », les brestois étaient conviés à investir le centre-ville et les nouveaux arrivés invités à se l’approprier.

A la rentrée 2016, en bon défenseur de la « start-up nation », Pierre Karleskind, adjoint à l’enseignement supérieur, annonce « un nouveau concept résolument innovant » « créant de nouvelles interactions avec le territoire ». Place à la « Brest Life Experience » !

Le principe ? Une série de jeux-concours sur Facebook qui promet à une poignée de participants de remporter des places pour les équipements municipaux, voire, pour les plus « chanceux », une visite de sous-marin nucléaire…

A l’heure du traditionnel compte-rendu, les bilans se chiffrent en « likes » et en « partages », et l’on s’y félicite d’avoir remplacé les 20.000 fêtards des années passées par quelques dizaines de prétendants à un pass pour le parc d’attraction du coin. Il est vrai que vider les rues et nourrir les GAFAM, c’est tellement « disruptif »…

 

Dernier bastion des festivités de rentrée étudiante, Les Pétarades. Depuis 2008, 150 bénévoles s’activaient pour rassembler plus de 13.000 festivaliers sur campus de l’UBO. Au nom de l’état d’urgence, les Pétaradeurs ont été priés de se délocaliser au Parc de Penfeld, et d’en assumer le surcoût. Faute de soutien de la collectivité, les organisateurs ont préféré déclarer forfait. Contrairement aux Pétarades quimpéroises, qui se sont, dans la foulée, déroulées en plein centre-ville et en toute sécurité.

 

Car l’état d’urgence semble être à géométrie variable. Il est plus sévère à Brest qu’à Quimper, et moins arrangeant pour les particuliers que pour les commerçants. En témoigne la deuxième édition d’une Foire St Michel au rabais qui se tient le week-end prochain.

Vide-grenier centenaire, ce rendez-vous, qui draînait 150.000 visiteurs, permettait, une fois l’an, d’être acteur plutôt que simple consommateur. De privilégier la réutilisation à la consommation.

Mais lorsque, sur demande du préfet, le périmètre de la fête a dû être réduit, ce sont les particuliers qui ont été lésés, et préférence a été donnée aux professionnels agréés, ceux qui ont déjà pignon sur rue toute l’année. Et c’est ainsi qu’une simple braderie vint remplacer le vide-grenier. Les brestois ne s’y sont pas trompés : l’an dernier, deux tiers des habitués n’ont pas daigné se déplacer.

 

Le tort de ces différents évènements sabotés ? Peut-être ne pas avoir de logo « vu à la télé ».

Car, au sein de l’équipe municipale, les chargés d’animation semblent n’avoir que la télévision comme aspiration et comme source d’inspiration.

C’est ainsi qu’aux dernières Assises du Commerce, la Ville a fièrement annoncé défilés de mode et adaptations locales de jeux télé. Le compte Twitter officiel ne perd pas une occasion de relayer les castings d’émissions.

Et si, pour une présence, même fugace sur une chaîne nationale, il faut subventionner Endemol pour un concours de beauté, fini l’austérité, on arrive à retrouver quelques deniers cachés, ou quelques euros pour la pauvre famille Sodebo.

C’est qu’en 2017, après avoir eu les « honneurs » de France 2 ou du Canard Enchaîné pour les déboires de son téléphérique, et ceux du Monde et de Libération pour sa gestion de Traon Bihan, la politique de la ville a un sacré déficit d’image à rattraper, quitte à, pour le financer, saborder la vie brestoise. Il suffira, pour l’enjoliver, de lui donner un nom anglais.

Brest Life.

 

par Alexandre Lhomme, collaborateur bénévole non reconnu.

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