Austérité et mesquineries.

« En matière de mesquinerie, vous ne me donnerez pas de leçon », François Cuillandre, conseil de métropole du 14 octobre 2016.

Hier, sur les réseaux sociaux, un document de travail « confidentiel »1 de la majorité PS PC EELV a été diffusé, énumérant des dizaines de mesures d’austérité envisagées, pour certaines dès 2017.
Le Télégramme reprenait ces mesures ce matin, accompagnées d’une interview d’un membre de la majorité précisant que ce n’est qu’un document de travail et associant la notion de « responsabilité » à celle d’austérité devant des incertitudes futures.

La première des impostures intellectuelles à dénoncer est bien celle-là. Celle qui, à l’échelle européenne, fait passer l’austérité pour du réalisme. La majorité brestoise se place donc dans la lignée idéologique des Junker et autres ultra-libéraux, et conforte ce changement d’orientation politique par un vocabulaire mensonger. Loin d’être une réponse « responsable » face à la crise, l’austérité porte au contraire la responsabilité de l’effondrement de la Grèce et de l’Espagne. L’austérité, c’est rendre les pauvres plus pauvres, c’est aggraver les difficultés quotidiennes des habitants les plus fragiles, c’est aussi s’attaquer aux classes moyennes, c’est renforcer le pouvoir des plus aisés.

Ainsi, des TAP payantes, c’est faire peser sur les finances des familles la garde des enfants entre 15h et 16h30. Les TAP étaient présentées comme un moyen égalitaire d’accès aux activités périscolaires, rompant ainsi avec la distinction sociale qui faisait que les enfants les plus aisés renforçaient leur capital culturel par une pratique plus forte des activités périscolaires. Avec la fin de la gratuité, ce sont bien les plus modestes qui vont cesser, on peut le craindre, d’inscrire leurs enfants aux TAP. Des TAP payantes c’est donc : diminuer le budget des familles ET renforcer la distinction sociale liée aux activités culturelles.

De la même façon, la fin de la gratuité des halte-garderies pour les familles les plus pauvres va immédiatement impacter de nombreux foyers. Cette gratuité permettait une respiration aux parents aux revenus faibles, et notamment aux parents isolés, en proposant un relais pour la garde ponctuelle de leur enfant. Rendre ces halte-garderie payantes, c’est risquer de renforcer l’isolement des parents au foyer ou au chômage.

Ainsi encore, la fin du portage de repas : alors que c’est une activité économique qui a vu se développer les « majordomes » privés et autres livraisons de courses à domicile, le CCAS avait fait le choix jusque là de maintenir ce service qui permet le maintien à domicile de nombreux Brestois âgés. Non seulement le coût du portage était accessible aux personnes aux revenus modestes, mais encore ce portage s’accompagnait d’un suivi social permettant de poser des alertes en cas de dégradation de l’état psychique ou physique de la personne, de dispenser des conseils sur l’alimentation et autres services que ne comprennent pas les propositions privées. La fin de ce portage de repas, c’est risquer de voir l’état de santé des personnes âgées qui auraient pu rester à domicile encore quelques années, se dégrader plus vite et nécessiter plus vite un placement en EPHAD (et non pas en foyer-logement, la suppression totale de ceux-ci étant également à l’ordre du jour). Là encore, cette mesure est socialement inégalitaire : les personnes âgées aisées (ou dont les enfants ne rencontrent pas de difficultés économiques) pourront avoir recours aux services privés de livraison de repas à domicile…

La proposition de mettre fin à la distribution de dictionnaires aux enfants de CM2 passant en 6ème est, là encore, dramatique de mesquinerie2. , mais surtout socialement discriminatoire. Les dictionnaires sont des ouvrages coûteux, mais essentiels. L’accès gratuit en ligne à certains contenus (je pense au fameux Centre Nationale des Ressources Textuelles et Lexicales) de grande qualité ne peut remplacer la pratique du dictionnaire physique : d’abord parce que tous les enfants ne disposent pas d’un accès facile à internet, ensuite parce que faire le tri entre toutes les propositions du web n’est pas évident et demande une certaine maîtrise des contenus. Là encore, on va voir s’aggraver la distinction sociale entre ceux qui pourront se voir offrir des dictionnaires, qui souvent sont les mêmes qui auront facilement accès à internet, et les autres.

A ces mesures d’austérité imposées aux familles, s’ajoutent celles imposées au tissu associatif brestois. Associations sportives, associations culturelles, associations d’action sociale : toutes, et les plus socialement utiles, sont visées. Un effet ciseau est prévisible : d’un côté la baisse des subventions directes, de l’autre la fin de la mise à disposition gratuite des locaux. Les conséquences vont être graves, notamment en terme d’emplois. L’austérité provoque du chômage, et fragilise le tissu associatif pourtant seul rempart contre l’isolement social provoqué par ce même chômage.

L’analyse mesure par mesure de la politique d’austérité annoncée pourrait continuer longtemps, mais l’essentiel se retrouve dans ces exemples : l’austérité est d’abord dirigée contre les foyers les plus modestes, et les mesures vont très rapidement aggraver les inégalités sociales entre les Brestois.

Faire le choix de l’austérité ce n’est pas être responsable, c’est se rendre coupable. Et les élus de la majorité, socialistes, communistes, écologistes, régionalistes, porteront la responsabilité de la dégradation réelle de la qualité de vie des habitants.

 

 

1 : Document disponible ici. Catalogueaustérité

2 : Mesquinerie : Caractère de la personne qui manifeste de l’étroitesse d’esprit et de vues, des sentiments bas et médiocres; caractère de ses activités. Anton. générosité. Mesquinerie d’un caractère, d’un esprit, d’un procédé. (Source CNRTL).

 

 

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