Clientélismes urbains, lecture.

Une lecture, vraiment passionnante et qui permet de sortir des idées reçues sur le clientélisme : “Clientélisme urbains” par Cesare Mattina, aux éditions sicences-po.

J’avais espéré un livre sur les rapports entre les élus et les entrepreneurs locaux, les réseaux d’intérêts convergents qui font passer le bien commun en second après les intérêts particuliers. En fait, c’est une étude centrée sur le “defferrisme”, un clientélisme d’élus de la petite notabilité qui s’attache surtout à répondre aux demandes personnelles de leurs proches, des familles des salariés municipaux, des associatifs “satellites” etc, se construisant ainsi une base électorale solide et héritable, de génération en génération.

Logement social, place de crèche, médailles à la con, attribution de locaux, place de fonctionnaires à la maire pour les enfants de… les outils à disposition des élus locaux pour conforter l’attachement personnel de relais essentiels vers les différents corps électoraux sont ici pleinement utilisés par des élus dont on ne sait pas, à lire les entretiens présentés, s’ils sont cyniques ou aveugles. En effet, ils se revendiquent comme des élus de “terrain”, légitimant cumul des mandats et absentéisme par une hyper présence dans des permanences et réponses aux courriers personnels de demandes non pas d’habitants mais au final de personnes plutôt proches de leurs cercles. L’analyse des courriers réçus par la mairie de Marseille permet de sérier les demandes et montre de façon très claire que les demandes sont bien le fait des entourages des élus et des salariés municipaux.

Le livre détaille également la proximité entre la mairie de Marseille et l’organe de presse de la PQR possédé par le maire, et dont les salariés font parie de ceux qui bénéficient à fond de ce clientélisme urbain. Sans doute une excellente façon de s’assurer de bons papiers, ou, au moins, une absence de journalisme d’investigation local trop poussé.

J’ai été frappée par les points communs entre le système Defferre et le système Cuillandre (et/ou Maille), et notamment par l’origine sociale des élus en cause : médecins, profs, anciens syndicalistes, des (tous) petits notables loin des écuries parisiennes.
Bref, à lire, pour mieux comprendre le fonctionnement des élus locaux…

Clientélismes urbains, par Cesare Mattina.
Clientélismes urbains, par Cesare Mattina.

Laisser un commentaire