Aller et retour, récit de bénévoles.

Ce lundi 16 février 2016, les bénévoles brestois du collectif « Aidons les réfugiés » ont proposé une soirée pour présenter leurs différents séjours à Grande Synthe et Calais auprès des réfugiés.

80 personnes se sont réunies dans la salle de danse de la MPT de l’Harteloire. Les chaussures s’étalent devant la porte, les participants en chaussettes et en silence sont installés pour écouter Sébastien, Gwenn, Guillaume et les autres nous raconter leurs voyages.

Habituée des réunions publiques, je jette un oeil et remarque surtout les absents. Pas un seul représentant des partis politiques. Pas un seul élu. La plupart des gens qui sont là ont simplement contribué à la collecte organisée par Sébastien Chambres. Quelques enfants sont présents aussi, spectateurs mais pas passifs.

Le film commence. Nous allons découvrir en image le camp dégueulasse, les réfugiés entassés, les sourires timides et, au fur et à mesure, le lien qui se fait grâce au dessins de Guillaume Duval, qui trace, inlassable, les contours de ces visages fatigués. Ils sont étudiants, médecins, enseignants. Ils ont 5 ans, 6 ans peut-être, et tirent la langue. Ils ont 14 ans et sont à l’école du camp, ils sourient en découvrant les lettres envoyés par 3 enfants brestois. Ils blaguent sur les douches qui ne marchent pas vraiment. Sur leurs tentes bateaux qui flottent sur la boue. Ils ont peur des passeurs. Ils ont peur de la police. Ils n’ont pas confiance dans l’Etat français. Tous ces « ils » ont des histoires différentes, tous ces « ils » sont nous.

Le film est fini, Gwenn et Guillaume nous présentent leurs photos, leurs dessins. Le contraste est frappant, les photos de Gwenn sont belles, mais sombres. Elles font ressortir une sorte d’isolement des individus. Plusieurs photos montrent Sébastien et son visage soucieux, marqué par ce qu’il voit. Les dessins de Guillaume sont au contraire lumineux. La complicité avec ses modèles qui acceptent la forme caricaturale de ses portraits est d’ailleurs ce qui a permis un vrai lien entre les bénévoles brestois et les réfugiés.

Sébastien Chambres reprend la parole. Guillaume se remet à dessiner, Gwenn à photographier. Les questions des spectateurs fusent : les passeurs, les familles, comment faire pour aider mieux, que fait l’Etat, les élus, comment peut-on laisser ça se passer ?

Sébastien, pédagogue, explique : oui, les passeurs sont présents dans le camp, oui, on sait qui ils sont, ils ont même une tente bien identifiée. Oui, il y a du racket, du détournement, des vols. Les bénévoles sont parfois menacés, lorsque leur action vise à rendre les réfugiés moins dépendants du système d’exploitation mis en place par ces passeurs. Comment faire alors ?

A cette question, Sébastien explique : certains ont de l’argent mais pas de temps, d’autres du temps et pas d’argent : il faut que les premiers aident les seconds à se rendre sur place pour donner du temps, pour relayer les bénévoles qui sont épuisés. Il faut continuer les échanges de lettres, faire du bien au coeur aussi. L’accessoire est essentiel quand l’humanité vient à manquer.

Je quitte là la réunion, pour installer le matériel qui servira à faire des vidéos pour les enfants de l’école. Chacun est invité à dire un petit mot. Ce sont les enfants qui ont lancé la correspondance avec l’école du camp qui vont filmer.

D’autres questions ont été posées, et les participants sont nombreux à avoir laissé un numéro de téléphone, à indiquer leurs disponibilités, à s’engager. La lecture des petits mots laissés montre que cette solidarité vient surtout de ceux qui rentrent dans la catégorie « sans argent mais avec du temps ». Il faudra relancer la cagnotte, pour permettre à toutes ces bonnes volontés d’agir.

 

 

 

 

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