Pour délibérer heureux, délibérons cachés ?

Chez les Métropoles françaises, c’est la saison des Conseils Municipaux de rentrée.

Une grande majorité d’entre eux sont (ou seront) disponibles en replay.

Certaines villes encouragent les citoyens à débattre sur les réseaux sociaux.

D’autres leur permettent même d’être avertis par SMS de la tenue prochaine d’un Conseil et de sa diffusion.


A Brest, pour délibérer heureux, délibérons cachés.

Le 10/03/2016, le service « Affaires Juridiques de la CUB » (sic) assurait que « Nos collectivités étudient actuellement en effet, en complément de ces enregistrements sonores, la captation et la diffusion vidéo de ces mêmes conseils, dans le respect du cadre légal. »

19 mois plus tard, rien de nouveau, toujours les mêmes pavés audio.

Et à moins deux jours du prochain conseil, l’heure de la séance n’est même pas indiqué.

Sacré parcours du combattant pour le citoyen qui souhaite s’informer des orientations de sa cité.

Il doit interpeller brest.fr pour connaître l’heure des débats.

Et il devra sagement patienter devant la porte d’entrée jusqu’à ce qu’on daigne lui ouvrir. Généralement en fin d’intervention préliminaire des élus de l’opposition…


Mal renseigné ? Impossible de se libérer à 16 ou 17h ?

Pas de panique, reste la Presse Quotidienne Régionale.

Dont les journalistes désertent la salle passés les sujets les plus « vendeurs ».

Qui préfère s’attarder sur 28 ans de blagues de Jean-Luc Polard au lendemain d’un débat sur le budget.


Mais pas besoin de s’inquiéter, les bilans de mi-mandat seront aussi objectifs qu’exhaustifs, pas vrai ?

La démocratie locale est sauvée.


Post Scriptum :

Les Sycophantes Vidéastes ne croient que ce qu’ils voient.

Ils ne sont visiblement pas les seuls, en témoignent les 8.574 vues et plus de 518 heures de visionnage.

Ils tâcheront donc, cette fois encore, de mettre en ligne au plus vite l’intégralité filmée et chapitrée des débats.

 

Alexandre Lhomme,

Collaborateur bénévole non reconnu.

Tests osseux sur des mineurs à Brest.

Dans un article non signé publié le 30/09/2017, le Télégramme de Brest rapporte que des tests osseux ont été pratiqués sur deux jeunes mineurs interpellés dans un contexte d’agressions sur fond de consommation d’alcool.

L’article ne prend pas la peine de rappeler que ces tests osseux sont jugés comme non valides par les scientifiques et que l’ensemble des associations de défense des droits humains demande que ces tests ne soient plus pratiqués. Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe a ainsi publié en 2011 un avis très négatif sur l’utilisation de ces tests aux résultats douteux, mettant également en avant la difficulté éthique posée par le recours aux radiations ionisantes sur des jeunes personnes sans aucun but thérapeutique mais uniquement dans une préoccupation administrative.

Bien loin du travail de vérification qui s’impose à un média d’information, le Télégramme écrit donc qu’« un test osseux permettait d’établir que les deux avaient plus de 18 ans », donnant à ces tests un caractère de fiabilité très loin de la réalité.

En 1971, la charte du journalisme posait l’impératif de vérité comme essentielle à la bonne pratique du métier. On voit qu’on en est bien loin ici, avec des données parcellaires et orientées, qui visent plus à conforter un discours officiel qu’à informer les lecteurs.

Ressources :

Brest, jouet pour les plus fortunés : une vérité qui déplaît à l’équipe Cuillandre ?

La tribune d’expression politique de Partage Solidarité dans le Sillage de septembre 2017 a été publiée, malgré des pressions reçues de la part de l’équipe du maire de Brest.

Vous trouverez ci-dessous la tribune et le mail reçu pour tenter de nous faire renoncer à cette expression.

 

Mail reçu le 23/08/2017 :

 

 

Brest Death Experience

« Ici, on fait sans dire », martelait François Cuillandre, il y a deux ans, lors d’une conférence de presse de rentrée.

Cette rentrée 2017 aura permis de constater, pour ceux qui en doutaient encore, que l’on n’y fait plus désormais que ce que l’on peut médiatiser, au détriment de festivités parfois centenaires qui ont méthodiquement été amputées voire annulées. De juin à septembre, retour sur un été à Brest qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

2012 : fêtes maritimes obligent, comme tous les quatre ans, les Jeudis du Port réduisent la voilure.

Ces séries de concerts gratuits qui attiraient, neuf fois par été, jusqu’à 40.000 personnes, passe à quatre soirées.

Victimes de coupes budgétaires, les « Jeudis » ne retrouveront jamais leur rythme de croisière. Et cette année encore, malgré l’absence de grands voiliers, ils n’ont débuté que fin juillet. Les juillettistes fêtards et mélomanes n’ont plus qu’à se tourner vers les festivals à trente euros l’entrée.

 

Depuis 1996, au sortir de l’été, la Ville prenait soin, chaque rentrée, d’accueillir dignement ses 23.000 étudiants. De « Brest accueille ses étudiants » à « La Déambule » en passant par « Bars n’Brest », les brestois étaient conviés à investir le centre-ville et les nouveaux arrivés invités à se l’approprier.

A la rentrée 2016, en bon défenseur de la « start-up nation », Pierre Karleskind, adjoint à l’enseignement supérieur, annonce « un nouveau concept résolument innovant » « créant de nouvelles interactions avec le territoire ». Place à la « Brest Life Experience » !

Le principe ? Une série de jeux-concours sur Facebook qui promet à une poignée de participants de remporter des places pour les équipements municipaux, voire, pour les plus « chanceux », une visite de sous-marin nucléaire…

A l’heure du traditionnel compte-rendu, les bilans se chiffrent en « likes » et en « partages », et l’on s’y félicite d’avoir remplacé les 20.000 fêtards des années passées par quelques dizaines de prétendants à un pass pour le parc d’attraction du coin. Il est vrai que vider les rues et nourrir les GAFAM, c’est tellement « disruptif »…

 

Dernier bastion des festivités de rentrée étudiante, Les Pétarades. Depuis 2008, 150 bénévoles s’activaient pour rassembler plus de 13.000 festivaliers sur campus de l’UBO. Au nom de l’état d’urgence, les Pétaradeurs ont été priés de se délocaliser au Parc de Penfeld, et d’en assumer le surcoût. Faute de soutien de la collectivité, les organisateurs ont préféré déclarer forfait. Contrairement aux Pétarades quimpéroises, qui se sont, dans la foulée, déroulées en plein centre-ville et en toute sécurité.

 

Car l’état d’urgence semble être à géométrie variable. Il est plus sévère à Brest qu’à Quimper, et moins arrangeant pour les particuliers que pour les commerçants. En témoigne la deuxième édition d’une Foire St Michel au rabais qui se tient le week-end prochain.

Vide-grenier centenaire, ce rendez-vous, qui draînait 150.000 visiteurs, permettait, une fois l’an, d’être acteur plutôt que simple consommateur. De privilégier la réutilisation à la consommation.

Mais lorsque, sur demande du préfet, le périmètre de la fête a dû être réduit, ce sont les particuliers qui ont été lésés, et préférence a été donnée aux professionnels agréés, ceux qui ont déjà pignon sur rue toute l’année. Et c’est ainsi qu’une simple braderie vint remplacer le vide-grenier. Les brestois ne s’y sont pas trompés : l’an dernier, deux tiers des habitués n’ont pas daigné se déplacer.

 

Le tort de ces différents évènements sabotés ? Peut-être ne pas avoir de logo « vu à la télé ».

Car, au sein de l’équipe municipale, les chargés d’animation semblent n’avoir que la télévision comme aspiration et comme source d’inspiration.

C’est ainsi qu’aux dernières Assises du Commerce, la Ville a fièrement annoncé défilés de mode et adaptations locales de jeux télé. Le compte Twitter officiel ne perd pas une occasion de relayer les castings d’émissions.

Et si, pour une présence, même fugace sur une chaîne nationale, il faut subventionner Endemol pour un concours de beauté, fini l’austérité, on arrive à retrouver quelques deniers cachés, ou quelques euros pour la pauvre famille Sodebo.

C’est qu’en 2017, après avoir eu les « honneurs » de France 2 ou du Canard Enchaîné pour les déboires de son téléphérique, et ceux du Monde et de Libération pour sa gestion de Traon Bihan, la politique de la ville a un sacré déficit d’image à rattraper, quitte à, pour le financer, saborder la vie brestoise. Il suffira, pour l’enjoliver, de lui donner un nom anglais.

Brest Life.

 

par Alexandre Lhomme, collaborateur bénévole non reconnu.

House of Cards Brest Métropole

La toute jeune association C.I.C.E.R.O qui lutte contre la corruption dans le Finistère publie sur son site les affaires qu’elle suit.

Son premier article concerne l’affaire du SIVU de l’Elorn et l’embauche par Yohann Nedelec, maire du Relecq-Kerhuon – et président du SIVU- de son propre premier adjoint (et époux de la présidente du conseil départemental) Renaud Sarabezolles au poste de directeur à plein temps. L’embauche a été validée par le Centre de Gestion du Finistère… dont le président n’est autre que le même Yohann Nedelec. L’adjoint-directeur semble de plus avoir perçu un salaire plus élevé que le directeur précédent pourtant publiquement poussé vers la sortie à cause justement du montant de son salaire.  Les deux élus mis en cause par l’association sont aussi conseillers de Brest Métropole.

Une affaire à suivre sans doute, une saisine au procureur de la république ayant été déposée.

Lectures et autres temps pour penser

Lectures

  • Les luttes et les rêves, histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, par Michelle Zancarini-Fourel, Zones, ed. La Découverte, 2016.

« 1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays. »

« « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France » Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831) Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s’embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l’identité, mais prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue. Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s’agit de prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l’élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante ! Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu’un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment.« 

A voir

D’une Révolution à l’autre, entretien entre Joseph Confavreux (Médiapart) et Sophie Wahnich (historienne de la Révolution Française).

 

Harcèlement étatique des familles albanaises.

La LDH dénonce aujourd’hui la situation dramatique d’une famille albanaise à la rue à Brest, dont les deux très jeunes enfants sont malades.

Le refus de prise en charge en hébergement d’urgence par la préfecture se double d’un refus du tribunal administratif de reconnaître l’urgence de la situation.

Les familles demandeuses d’asile à la rue subissent depuis de très longs mois un véritable harcèlement étatique de la part de la sous-préfecture du Finistère. L’État macronien aujourd’hui, comme L’État socialiste hier, mène une politique xénophobe et totalement contraire au respect des droits humains, ici comme à Calais, Grande-Synthe ou la Chapelle.

Réseaux que tout le monde – sauf le maire- appelle sociaux.

Certains auront peut-être noté la destruction de mon compte Twitter personnel (@JulieLeGoic) qui servait aussi à partager les communiqués et autres infos de Partage Solidarité (dont le compte Twitter @PartageSolidar est toujours maintenu pour le moment mais qui ne fait que relayer les articles de ce blog).

Ce départ de Twitter est motivé par non seulement la viabilité confirmée du réseau social fédéré Mastodon (500 caractères, des instances déconcentrées, un outil open-source), mais aussi par les graves manquements de Twitter France à ses obligations de modération. On ne compte plus les comptes d’ activistes (de gauche, anticapitalistes ou défenseurs des droits humains) fermés, alors que les signalements des propos racistes, sexistes, homophobes, menaçants n’amènent souvent aucune réaction de la part du réseau à l’oiseau bleu.

L’an dernier,  au cours d’une interview au Canard Enchaîné au sujet de la politique de  modération de Twitter France,  j’avais dit que j’attendais avec impatience l’alternative libre et ouverte. Elle est là, elle fonctionne, elle rassemble des centaines de milliers d’utilisateurs !

Pour suivre les principaux contributeurs de Partage Solidarité sur Mastodon :

« Deux instances, deux ambiances« , mais nous conseillons plutôt une inscription sur mamot.fr , l’instance de la Quadrature du Net.

Le compte Partage Solidarité est créé :  @PartageSolidar !

[EDIT : on me signale que cette recommandation n’est pas des plus cohérentes pour garantir l’aspect déconcentré de Mastodon.  C’est pas faux. Je vous rajouter donc ce lien qui permet de découvrir d’autres instances : https://instances.social/ ]

 

En attendant peut-être bientôt un hébergement  proposé par une association brestoise ?

 

Mohammed Bashir Haji doit rester ici !

par Julie Le Goïc et Alexandre Lhomme.

Mohammed Bashir Haji doit rester ici ! 

#JourneeMondialeDesRefugiés

Ce matin, à 5h, une petite vingtaine de militants de la Ligue des Droits de L’Homme de Brest et Quimper, de Zéro Personne à la rue, s’est retrouvée à l’aéroport de Brest-Guipavas, avant l’arrivée de Mohammed Bashir Haji, convoqué par la préfecture pour être expulsé vers le Danemark, puis la Somalie. Ce journaliste déjà ciblé en Somalie pour son indépendance avait échappé de peu à un attentat, qui avait coûté la vie à son caméraman avant de fuir pour l’Europe. Depuis quelques jours, Reporters sans Frontières et le Syndicat National des Journalistes, avec d’autres organisations syndicales nationales, et un article dans l’Humanité, ont permis d’alerter les pouvoirs publics sur la situation de Mohammed. Le temps administratif et le temps politique n’étant pas toujours accordés, il fallait absolument mobiliser les passagers et l’équipage pour empêcher l’expulsion. Les militants de la LDH et de Zéro Personne à le Rue (comme Hugo cité dans l’article de L’Humanité, encore présent ce matin) sont sur le pont depuis plus d’une semaine avec les expulsions qui s’enchaînent ici.

Il est très difficile de décrire ce sentiment d’urgence absolue qui nous a saisi : Mohammed risque la mort, nous DEVIONS convraincre. Nous ne pouvions pas échouer…

Ce que nous avons rencontré ?

De l’indifférence, beaucoup.

Nombre de soutiens présents, rompus, de par leurs activités politiques, syndicales ou militantes, à des accueils tièdes et des refus polis lors de leurs séances de tractage, sont malheureusement habitués à ces marques de désintérêt.

Sauf que l’on parle ici d’un homme présent à quelques mètres de là, destiné à une mise en danger certaine en cas de retour en Somalie, et qu’un simple refus de boucler sa ceinture pourrait mettre, au moins temporairement, en sécurité.

Comment interpréter alors ces simples « merci » que l’on sent prononcés par pure politesse, ces « Désolé, je suis pressé » de voyageurs arrivés bien avant l’heure, et que l’on retrouvera plus tard au café, ces « je le lirai dans l’avion » prononcés avec si peu de conviction ?

Des paroles gênées de tristes citoyens qui ont, dans le moins pire des cas baissé les bras, sinon refusé de les lever, si tant est qu’ils l’aient déjà fait.

Pour cette frange de la « France qui se lève tôt », une mort certaine semble être moins intolérable que de rater sa correspondance.

Au-delà de l’indifférence (au secours on dirait un titre de Johnny) Il y avait aussi, et c’était le plus dur à affronter, des paroles odieuses : « un de moins », « il retourne chez lui, il devrait être content »… Remarques peu nombreuses, heureusement, mais posées de façon goguenarde par des personnes fières de nous étaler cette haine de ce journaliste qui, à côté d’eux, allait s’envoler vers la mort.

Le plus édifiant a été la réaction du personnel de bord, de jeunes femmes proprettes, qui ont traversé les militants comme si elles marchaient sur un podium de défilé, un regard à gauche (pas trop à gauche), un regard à droite, un geste hautain pour refuser les tracts, et puis l’intervention de leur doyenne : « on est là pour travailler, on ne peut pas s’intéresser à chaque situation… ». La fin de non recevoir, nette, tranchante, a un moment déprimé les militants présents, qui comptaient beaucoup sur une solidarité active du personnel de bord, le mieux placé pour interrompre l’expulsion de Mohammed. Il nous semblait qu’il y avait des consignes syndicales qui allaient dans ce sens…
Autre réaction négative, ce jeune hipster, à la moustache gominée, qui m’explique qu’il s’en va pour quelques semaines et veut passer le moment restant avec ses parents. J’insiste sur le caractère « de vie ou de mort » de la situation de Mohammed, sur le caractère national aussi avec le soutien de Reporters Sans Frontières  : « désolé, ça ne m’intéresse pas ». Le père intervient alors :  » de toute façon, vous mentez, la France n’expulserait pas vers un pays dangereux ».

Mais heureusement il y a eu ces moments, précieux,  de résistance : ainsi, cette famille accompagnant une très jeune femme, et qui unanimement s’écrie qu’il faut faire quelque chose, et qui félicite la jeune fille qui assure qu’elle ne bouclera pas sa ceinture, si Mohammed monte à bord.  Sa sœur et ses parents, fiers et émus de l’acte de résistance qui engage ainsi leur famille. Et tous de nous remercier : pour les avoir prévenus, pour le boulot fait, pour tenter de sauver Mohammed. Nom d’une pipe, il y a un espoir terrible qui naît de ce genre de rencontre. Merci à eux.

La suite est dans la presse : Mohammed est rentré dans l’aéroport, les policiers présents ne sont pas venus le chercher. Nous étions confus, sans trop savoir quoi dire ou quoi faire. S’agissait-il d’un signe de bonne volonté de la préfecture ? S’agissait-il d’un piège qui ferait de lui un « fugitif » puisque n’ayant pas embarqué et qui ruinerait alors tous ses projets de demande d’asile en France ?
L’avion est parti alors que nous étions tous, avec Mohammed, dans le hall. Son visage s’est alors étonnamment affermi, éclairé. Il avait gagné une journée.